La voie vers la démocratie

Manifestation libyenne à Londres

Manifestation lybienne à Londres, 22/02/2011 | Photographie: Collaboration spéciale Joupin Ghamsari

Même en 2011, il n’est pas simple de faire entendre sa voix pour réclamer la démocratie. C’est le cas de certains pays arabes, où la violence a été visible à l’égard de manifestants depuis le début de l’année. Les protestations durent encore, les régimes politiques sont appelés à se réformer. Mais c’est le peuple qui paye le prix.

Il semble y avoir une lueur d’espoir pour les Égyptiens et les Tunisiens, qui sont parvenus à l’expulsion de leurs dirigeants respectifs : Hosni Moubarak, en Égypte, a été au pouvoir pendant 30 ans et Zine el-Abidine Ben Ali, en Tunisie, l’a été durant près de 25 ans. Ce n’était pas un fait nouveau que les Égyptiens sortent dans la rue pour manifester. Depuis 2004, ils se révoltent contre les bas salaires dans l’industrie du textile, qui emploie presque la moitié de la population. Mais ces salaires ont stagné en plus d’une hausse de l’inflation. Cela ne pouvait plus durer. Présentement, la situation demeure instable. Les manifestations restent d’actualité, et les marques de violence de la part des autorités le sont aussi. En Tunisie, on a constaté une baisse du tourisme, qui représente 8% du PIB, ainsi que la fin des échanges commerciaux avec la Libye.

Dans plusieurs autres pays arabes, on réclame des changements sur le plan social et politique, notamment la fin de l’autoritarisme et le début d’un nouveau pluralisme politique. En Arabie Saoudite, les chiites ont commencé à sortir dans les rues de la Province Orientale depuis deux semaines pour manifester contre la monarchie sunnite, malgré les normes du règne qui interdisent tout type de manifestations. De même qu’au Yémen et à Barheïn, des protestants montrent leur désarroi face au pouvoir en place. À l’heure actuelle, la Libye est en guerre civile. Les protestataires réclament activement le départ du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, qui est au pouvoir depuis 1969. Ces jeunes, dont Kadhafi qualifiait de « terroristes » sont en fait les garants du changement dans le pays. En effet, ils constituent  un poids démographique élevé, et utilisent à leur plein potentiel les réseaux sociaux afin de diffuser les dernières nouvelles et des images, d’organiser des rassemblements et de se soutenir collectivement. Lors d’une conférence à la Universidad de Alicante en Espagne, un professeur d’origine libyenne a tenté d’éclairer le public sur ce qui se produit présentement en Libye. Il affirme qu’un silence international existait déjà avant le début de la crise concernant le régime autoritaire de Kadhafi. Les communications sont coupées, presque personne ne peut accéder au gouvernement, ni les correspondants étrangers, ni les groupes de défense des droits. L’armée terrorise la population et ceux qui osent parler contre le gouvernement risquent la répression. L’homme a remarqué un manque de spécialistes du monde arabe, notamment en Espagne et a ajouté qu’eux ainsi que les journalistes pourraient faire une différence pour dénoncer davantage ce qui s’y passe.

Durant la même conférence, des spécialistes ont  tenté de démystifier quelques points en ce qui a trait aux changements qui ont lieu au Moyen-Orient et au Maghreb. Une première croyance au début des révoltes était qu’il n’y aurait pas d’effet contagieux. « La Lybie n’est pas l’Égypte » disait le colonel Kadhafi. Malgré les nombreuses différences culturelles entre ces pays, il y a des similitudes entre les régimes et la situation économique est  semblable. Il y eut donc un effet domino, car la classe pauvre et la classe moyenne est aux prises avec le même genre de problèmes sociaux.

Il y a aussi le mythe de l’incompatibilité entre l’islam et la démocratie. Pourtant, les manifestations le prouvent : les gens clament haut et fort la liberté de presse, de pensée et la pluralité politique. Il n’y a pas seulement des Musulmans dans les pays arabes. Il y a plusieurs communautés chrétiennes, juives, et des laïcs aussi. Ces peuples s’unissent pour demander des réformes. Ce n’est pas une révolution fondamentaliste comme plusieurs pourraient le penser.

Certains croient aussi qu’il ne peut y avoir de société civile dans le monde arabe. Pourtant, les récents événements montrent qu’il y a une volonté générale de se débarrasser de l’autoritarisme. Les jeunes veulent vivre sans crainte de répression, sans peur de dire ce qu’ils pensent. Dans le même sens, plusieurs croient que ce sont les islamistes qui profiteront de ces révolutions et qui prendront le pouvoir, comme dans le cas de la Révolution iranienne de 1979. En effet, après cet événement, les libertés en Iran sont devenues restreintes, la charia et l’islamisme avaient pris une grande place dans la société. Mais, ce n’est pas tout à fait ce qui se produit aujourd’hui. Les Frères musulmans, une association panislamique qui a comme objectif la renaissance islamique dans les pays du Moyen-Orient et du Maghreb, soulève des doutes par rapport à volonté de pouvoir. Selon le sociologue Ignacio Alvarez-Ossorio, cette organisation désire en effet une place dans les différents gouvernements, mais accepterait le pluralisme et ne profiterait pas des événements pour imposer un régime islamique.

Finalement, on ne peut parler de conflits dans les pays arabes sans parler de l’Occident et en particulier des États-Unis. Un des mythes est que l’Occident défend la démocratie en Orient. Les conférenciers ont soutenus la fausseté de cette affirmation en ajoutant que les États-Unis ont peur et ont une vision critique des soulèvements populaires. En effet, l’Égypte et la Libye avaient de bonnes relations économiques avec les États-Unis. C’est peut-être une des raisons pourquoi ils tardent à agir en ce qui a trait au conflit libyen, car ils voudraient protéger leurs intérêts. Plusieurs se demandent si eux et l’Union européenne sont une aide ou un obstacle à l’implantation de la démocratie dans les pays arabes.

2 réponses à “La voie vers la démocratie”

Laissez un commentaire

Powered by WP Hashcash

facebook
 
catégories