L’avenir en questions

Révolution? Stagnation? Les Grecs ont du mal à prédire l’avenir de leur pays.

Révolution? Stagnation? Les Grecs ont du mal à prédire l’avenir de leur pays.

photographie: Marie-Anne Dayé

Tiré du Parthenon Post

Le futur est difficile à prévoir pour les Grecs. En dépit de l’incertitude et de l’amertume laissées par la crise, les jeunes comme les plus vieux essaient de trouver la force de rire encore.

« Il n’y a pas de futur », confie Spilios au milieu d’une rue calme d’Athènes. Le DJ de 39 ans se promène lunettes fumées sur le nez, l’air décontracté. « Au moins on a les îles! » s’exclame l’amoureux du soleil, comme il aime à se décrire. Blague à part, il reste tout de même optimiste vis-à-vis l’avenir. Mais ce n’est certainement pas à Athènes qu’il élèvera ses enfants. C’est plutôt dans le Péloponnèse « plus ensoleillé et plus relaxant que la capitale », sa région d’origine, qu’il veut s’établir.

Un peu plus loin dans un kiosque où l’on vend le fameux « Frozen yogurt » (yaourt frais en pot), Valia, une jeune femme de 25 ans, rigole avec sarcasme lorsqu’on parle de l’avenir de la Grèce. « Le futur est tellement incertain à cause de la crise. » Résidant sous le toit de ses parents, sa situation financière est plutôt stable pour le moment. Valia est toutefois très concernée par la crise. « Ça ne peut pas être pire que maintenant ! », se rassure-t-elle. Positive malgré sa perplexité, elle compte rester en Grèce pour supporter son pays et fonder une famille. « Je pense qu’économiquement, les choses iront mieux dans dix ans. »

Tout prêt de l’Université d’Athènes à Panepistimio, une manifestation de soutien à l’indépendance du ministère de la Culture grec s’organise (ce dernier risque de fusionner avec les sections Eduction, Affaires religieuses, Sport). Assis sous un arbre, Stelios observe le rassemblement en roulant sa cigarette. Coiffé de rastas, vêtu d’un pantalon de jogging, il semble indifférent. Pourtant, l’étudiant en médecine de 23 ans, originaire de Chypre, île qui est en proie depuis peu à une crise financière majeure, est très préoccupé par la situation économique grecque. Il s’en rend compte au quotidien. Vivant avec un ami dans un appartement, son budget diminue de jour en jour. Le jeune homme ignore s’il trouvera un emploi en Grèce après ses études car « les choses changent rapidement », précise-t-il. Ce dernier se réjouit toutefois de l’esprit collectif qui règne en cette fin d’après-midi : « Les gens qui n’ont pas d’argent sont plus solidaires. »

Gris pour les uns, noirs pour les autres

Certains Grecs sont plus pessimistes que d’autres lorsqu’on parle de futur. Une autre Valia, âgée cette fois de 34 ans, tente tant bien que mal de vendre ses bijoux faits à la main, sur son petit stand, près de ce même rassemblement. Cette femme a perdu son emploi de vendeuse dans une boutique de vêtements il y a trois ans. Découragée, elle n’a pas d’espoir en l’avenir de son pays mais, si cette Grecque en a la possibilité, elle restera à Athènes. Quelques acheteurs de joaillerie en plus, et sa situation sera peut-être meilleure.

Sur la place Monastiraki, Alexandra vend des noix salées au kiosque appartenant à sa mère. « Noir », répond-t-elle d’emblée pour décrire l’avenir que la Grèce lui réserve. « Tout a changé depuis la crise, surtout il n’y a plus d’emploi », affirme celle qui travaille également dans une salle de sport. Même si sa vision de l’avenir est assez négative, la cinquantenaire espère toutefois le meilleur pour elle mais surtout pour sa fille.

Grigoris, un ingénieur informatique de 35 ans se prépare pour les sept heures d’autobus en direction de Véria. Après quelques jours passés à Athènes, il retourne dans sa ville natale, au nord de la Grèce, pour retrouver son occupation principale, mais aussi pour assurer sa présence en tant que DJ dans un bar du centre-ville. Ce petit boulot d’appoint, il l’a trouvé par peur de se faire évincer de la compagnie pour laquelle il travaille, comme l’ont vécu plusieurs de ses collègues. L’avenir en Grèce ? Plutôt sombre selon lui. « Plus personne n’a l’opportunité d’avoir des rêves », se désole-t-il. Durant les dernières années, il a totalement perdu confiance en l’Union Européenne : « Elle voit les citoyens grecs comme inférieurs. » Les pertes d’emploi massives le laissent inquiet tout comme le chômage, qui frôle les 29%, mais il a tout de même l’intention de rester en Grèce afin de contribuer à reconstruire le pays. Pour lui, les Grecs de 25 à 40 ans ont l’opportunité de changer les choses.

Ces nombreuses victimes de la crise mènent une vie partagée entre l’insécurité et d’instabilité, parsemée de rires et d’espoir. Mais qui peut prédire l’avenir, surtout celui des Grecs ?

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